Le poeme de Lorenzaccio

Cubes Poétiques (Lignes de vie)

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J’ai commencé à écrire des poèmes à 11 ans (1985), peu ont survécu de cette époque, j’ai poursuivi au lycée et puis plus rien…happé par le tourbillon de la vie … jusqu’à il y a deux ans où j’ai de nouveau ressenti ce besoin impérieux d’écrire ma poésie. Poèmes anciens refaçonnés, vers classiques rimés, poèmes nouveaux et vers-miroirs épousant le fil de ma vie affective – naissance, enfance, adolescence, adultessence, renaissance - et vibrant selon ses ondulations entre angoisses, spleen, solitudes et amours.  Mes lignes de vie, ce sont celles inscrites dans le tronc de mon âme et qui, en couches centrifuges, racontent mon histoire ; lignes noires ressurgies du passé, comme autant de traits traversant le ciel blanc de la page de mon existence ; lignes du creux de ma main tracées en témoignage de ma destinée ; lignes de portées musicales pour occuper la vie, oublier l’ennui et la mort ; lignes de sécurité des marins, des escaladeurs, des funambules qui donnent un sens, qui sauvent et qui rattachent à cette vie… 

Donner un sens, c’est bien là, la ligne directrice de ce recueil en utilisant 42 quadratures articulant, les uns avec les autres, les miroirs jointifs d’un titre, d’une musique thématique, d’un poème long versifié (de forme classique ou personnelle) et d’un poème court (selon le modèle du haïku japonais, quintessence de l’image poétique): les "cubes" poétiques...

Au travers de ce recueil, Cubes poétiques (Lignes de vie), je voudrais offrir un voyage dans mon univers poétique et musical mais aussi partager un moment d’humanité, sincère et nue, auquel vous serez peut être sensible.

 

 

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05 octobre 2018

PROLOGUE (ESSENCE)

La géométrie du poème

 

Cube - Carbon Based Lifeforms: Alt:01 (2016)

 

 

Vous – les poètes

 

Le voyant et la voyante

Connaitront aux lignes de nos mains,

Inscrites en noir au blanc des parchemins,

 

De leur vision clairvoyante,

Non les sillons des destins tracés

Mais les landes et les gouffres traversés ;

 

D’une attention bienveillante,

Sublimeront les crevasses sombres

De la peau calcinée où, souffrant, l’on sombre ;

 

D’une exploration vaillante,

Suivront la carte jaunie, tachée,

Pour en déterrer tous les trésors cachés ;

 

D’une passion flamboyante,

Cercleront de leur âme empathique,

Joies, peurs, peines de nos cœurs télépathiques ;

 

Des émotions chatoyantes

Recueillies en nous, fols congénères,

Parsèmeront leurs mondes imaginaires ;

 

Et d’invention foudroyante,

Dessineront une nouvelle œuvre

Qui sera, heureuse, leur propre chef-d’œuvre.

 

Nous – les obsolètes.

 

2017

 

 

Haïku

 

Carré blanc – Trait noir

Poétique Sudoku

 Art Zen de la flèche

 


 

Gymnopoésie

 

1. Lent et douloureux – Satie (A Ciccolini) : 3 Gymnopédies

 

 

La quête

 

Un pacte de larmes et de sang

Qui coule en vous en vers

A l’entaille des mots

Et roule en la rivière

L’entraille de vos maux.

 

Un impact lumineux et cassant

Qui déflagrera vite

Les claies de l’esprit clair

Et qui déjà cavite,

Par les plaies, dans la chair.

 

Un regard sage et troublant

Qui vous enseignera,

Planté là dans votre âme

Ou qui vous saignera

Du cranté de la lame.

 

Un rempart de rochers blancs

Qui pour vous protéger,

Dans la noirceur du monde,

Saura vous héberger

En sa douceur immonde.

 

Un diamant noir et ardent

Compressé d’émotions

Qu’on ne peut plus tenir,

Ciselé d’impressions

Qu’on a peur de ternir.

 

Un amant fou et mordant

Qui, un soir, vous sauvage

Avide dans ses draps

Et plus tard, vous naufrage

Du vide de ses bras.

 

Un mouroir sublime et indolent

Où, en paix, on repose,

Corps libéré, la tête

Nappée d’odeurs de proses,

Cœur léger, jour de fête.

 

Un espoir humain et insolent

Qui, par amour, s’arrache

A la folie des flots

Et qui un jour recrache

Sa vie au bord de l’eau.

 

2017

 

Nu

 

Un grand lit ouvert

Un cahier bleu de poèmes

 Un air de Satie

 


 

La traversée

 

Marque page – Fred : Sauter du nid (2003)

 

 

Un voilier de poèmes

 

Voiles blanches de videlles

Entre deux miroirs bleus. Cogités,

Bercés par des courants agités,

Pensées, passions, désirs, déraison

En flottaison

 

Sur un océan fidèle.

 

Témoignage d’un capitaine imprudent,

A la barre folle, virevoltante, 

D’une âme noire révoltante,

Soulevée par les houles printanières,

Echouée aux tempêtes de l’hiver. Sa bannière :

 

Un journal de bord impudent.

 

Balayée par des vents outragés.

Berceau des noyés de son monde

Et des recrachés de mer profonde.

Mémoire, poésie, rêves troublants

Cerclés de rochers noirs et blancs.

 

La baie des naufragés.

 

Plages bordées de tamarins

Où s’amoncèlent des coques

Vertes, rouges, noires qui s’entrechoquent

A la Vie, à l’Amour, à la Mort.

Espoirs, sang, remords.

 

Un cimetière marin.

 

Il nous aime, il nous hante, il nous aimante.

Il attend au pied de la falaise et ravit

Notre vie,

Avide 

Du vide.

 

Un écueil à nous-même, en notre chute lente.

 

2017

 

Touché - coulé

 

Un crâne à l’envers 

Un cahier de bleus à l’âme

Ô Rimbaud-Warrior !

 

 

 

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DIALOGUE (EXISTENCE)

 

NAISSANCE

Un nouveau-né

 


 

 

Irréversible Vie

  

Also Sprach Zarathustra - Richard Strauss

 

 

Une naissance

 

Main tendue au départ, sale, amère, sordide.

Maintenu aux remparts de sa mère morbide.

Acharnement retors puis une déchirure.

Arrachement du corps de la progéniture.

- section

 

Afin qu’il ne puisse rallier son antre cher,

Enfin à l’entrecuisse, on relia l’entre-chair.

En l’acte de naissance, il vit son sort scellé,

Dans un pacte de sang, sa vie ensorcelée.

- suture

 

2017

 

Une mort

 

Le soleil, la lune,

Sur la forêt de son âme,

Silencieuse, enfin.

 

 

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DIALOGUE (EXISTENCE)

ENFANCE  

Un enfant

 

 


 


Une vie

 

Una mattina – Ludovico Einaudi : Una mattina (2004)

 

 

L’éphémère,

 

Un frêle matin pâle,

En silence, s’éveille et ouvre au monde,

Sous cet immense soleil qui l’inonde,

Ses ailes de cristal ;

 

De gerbes de fleurs

Et d’herbes en lierres,

En finesse effleure

Et caresse l’air.

 

Pétale odorant. 

Mistral enivrant.

Astre cruel, ange déchu.

Cycle éternel d’un jour échu.

 

L’espoir du souffle d’une vie.

 

1985

 

Le messager de la fée

 

Ce frêle écho crie,

De l’au-delà de l’Enfance,

Notre Finitude.

 

 


 

Les deux amis 

 

Butterflies instead – K’s choice : Cocoon crash (1998)

 

L’ourson et l’enfant

 

Ecoute un peu, viens par ici.

Tu es un enfant d’aujourd’hui.

Alors, tu en connais des choses !

Tu n’as pas peur que ta tête explose 

Avec tout ce que l’on t’apprend,

Avec tout ce que tu vois à l’écran ?

 

Approche toi, viens voir.

Tu te souviens de notre histoire ?

 

Débranche un peu tes écouteurs.

Laisse dormir tes ordinateurs.

Car notre histoire est bien plus belle.

Prends la fréquence du bonheur.

Ecoute moi avec ton cœur.

Notre histoire, dis, tu te la rappelles ?

 

1985

 

  

 

Mon compagnon

 

Blotti dans mon cou,

 Seule chaleur qui protège,

 Face à la nuit noire.

  

 


 

 

Terreurs enfantines

  

Equinoxe Part 2 - Jean-Michel Jarre : Equinoxe (1978)

 

 

L’ombre de mon ombre

 

J’ai depuis toujours,

En trame derrière moi,

Une âme qui tournoie,

Et la nuit et le jour.

 

Ombre malfaisante,

Guet-apens de ma mémoire,

Elle m’attend là, dans l’armoire,

Sombre et patiente.

 

Dans ma maison hantée,

Vit ce démon familier

Qui remonte journalier

Ma déraison enfanter.

 

Tapie dans chaque recoin noir,

Repose sa poigne acérée,

Rose moignon macéré.

Harpie de chacun des couloirs.

 

Je la ressens en surnombre,

Sa présence en embuscade,

Qui manigance l’estocade,

Me menaçant dans la pénombre.

 

Sous les lits fiévreux, je l’inspecte.

Par les placards peureux, je la traque.

Sous le phare houleux que je braque,

Que des éboulis affreux d’insectes.

 

Soudain, une absence me frôle

De son aura très spéciale.

Elle aura l’attrait glacial

Et le dédain rance d’une folle.

 

Lentement, elle grince des dents.

Un claquement abrupt dans une pièce.

Un craquement. La chute d’une pièce.

Un écoulement la rince au dedans.

 

Elle dégouline, elle suinte.

Implacable, elle m’épouvante.

Impalpable, elle est mouvante.

Un dégueulis d’helminthes.

 

Et quand, enfin, je m’endors,

Les fées voient fondre sur moi

L’orfraie noire de mon Surmoi

Qui, sans fin, me picadore.

 

2017

  

Dans le noir

 

Un grand lit glacé.

 Dans les ombres sur l’armoire,

 Vit une sorcière.

  


 

 

Les jolies familles françaises

 

Blood theme for string: Daniel Licht : Dexter, Season 4 (2010)

 

 

A huis clos

 

Des souvenirs infléchis.

Peu d’instants heureux ravis.

On oublie. On réfléchit. 

Quelques morts et peu de vie.

 

La Famille à l’air uni,

Macérée de tromperie,

Complice dans le déni,

Se rassure et s’historie.

 

Fêtes toujours réussies.

Les enfants dansent et crient.

Là, dans la noirceur de suie,

Ivres d’insouciance, ils rient.

 

L’audience est toute ébaudie :

La Mamie et Le Papi

Font spectacle, elle applaudit,

Elle rit jaune et glapit.

 

Repas dignes d’une orgie

Qui s’étiolent dans la nuit.

Au creux des viandes rougies,

Se rouvrent des plaies inouïes.

 

Dans les magrets, les confits

Où reluisent les envies,

On entaille les conflits

Dont les Mauvais sont ravis.

 

Toutes ces bouches font bruit.

Ça mastique et déglutit,

Ça suce le jus des fruits,

Ça dévore et engloutit.

 

Au dessert, les litanies,

Cent fois resservies, tant pis !

Sous chaque face bénie,

Fuit du fiel sur le tapis.

 

Tout est fait d’a priori.

Boucs émissaires haïs,

Coutumiers du pilori, 

Jouent les mines ébahies.

 

L’oncle Germain est gentil,

Avec ses frères aussi !

La tante Irène est partie,

Gangrène, qu’elle a grossi !

 

On lèche ses doigts salis,

On reprend du clafouti,

On sépare, on mésallie,

On classe les abrutis.

 

Chacun sa catégorie : 

Les beaux-enfants sont bannis,

Les ratés de la fratrie

Restent à jamais honnis.

 

A bas les bourgeois nantis

Que l’on déteste à l’envi !

Les étrangers bien lotis

Qu’on les noie dans l’eau de Vie !

 

Jeu de tarot, de rami.

On fait la nique à l’ennui.

La table est un tatami

D’insultes jusqu’à minuit.

 

Puis, au pic d’alcoolémie,

Les langues tues se délient

Et les anciens ennemis

S’embrochent jusqu’à la lie.

 

Tristes généalogies,

Gorgées de bondieuseries,

Qui enterrent au logis

Les pires vicieuseries.

 

On désaime et on renie.

On maltraite, on humilie,

On découche, on viole, on nie

Puis on fait une homélie !

 

Au fil des ans, on survit

A ce clan que l’on maudit.

On cherche l’amour à vie

Pour s’enfuir de ce taudis.

 

On choisit un bon parti,

Un bon compagnon de lit

Pour rendre contrepartie.

On se perd, on se salit.

 

Le Mal, par nous, ramifie

Sa funeste parmélie

Et le silence amplifie

L’héréditaire hallali.

 

Mais un soir de forte pluie,

Farce devient tragédie.

Les maquillages au puits

Dépeignent la parodie.

 

La Vérité reverdie,

Remontée de l’eau croupie,

Eclate aux yeux interdits

De la Famille assoupie,

 

Comme le « ptit Gregory »

Détruisit, en une nuit,

La vilaine allégorie

D’une dynastie unie,

 

Qui brusquement ressurgit,

Tel un monstre d’insomnie,

Serre en avant, et rugit :

« Ah, l’infâme calomnie ! »

 

Attaquée d’autophagie,

Elle éreinte cette hostie

Qui roule au sol et vagit,

Décharnée dans les orties

 

Puis la traine par souci

D’effacer l’apostasie,

Sans hausser un seul sourcil,

Au bûcher des hérésies…

 

Par delà les morts, les vies,

Incestueuses folies

A la violence asservies.

Réfléchis bien ! Tu oublies ?                                                                             

 

2017

 

 

 

Psychose familiale II

 

Horreur familiale.

 Une ogresse infanticide,

 A l’incestueur.

 

 


 

 

Compagnons de rage

  

Little sounds of pain – Isobel Anderson: In my garden (2014)

 

 

Litanie du week-end 

 

(Hommage au petit frère et autres zèbres)

 

Mes chers amis !

Que ne vous ai-je exprimé

Combien je vous ai aimés,

 

Comme on aime son grand frère,

J’étais le samedi, fier,

Vassal au rouge du fer.

 

Comme on aime les fous rires,

J’étais, moi, prêt à mourir

Pour un brin de vos sourires.

 

Comme on aime accompagner,

J’étais joueur résigné,

Né pour vous faire gagner.

 

Comme on aime partager,

J’étais trésor potager,

Piétiné et saccagé.

 

Comme on aime avoir l’air bête,

J’étais un tendre poète

Qu’on prend pour analphabète.

 

Comme on aime l’eau des flaques,

J’étais ce blond Télémaque

Qu’on éclabousse de claques.

 

Comme on aime la musique,

J’étais un solo unique

Dans la foule symphonique.

 

Comme on aime le glacier,

J’étais cet ami d’acier

Que vous aviez disgracié.

 

Comme on aime son fol âtre,

J’étais ce cheval folâtre

Que vous bâtiez comme plâtre.

 

Comme on aime les filantes,

J’étais étoile brillante,

A vos côtés, ombre lente.

 

Comme on aime son ennui,

J’étais une triste nuit

Qui sombre, seule, à minuit.

 

Mes chers amis !

Que ne vous ai-je marqué

Combien vous m’avez manqué,

 

Comme on aime le dimanche,

J’étais cette face franche

Au revers de votre manche.

 

Comme on aime l’adversaire,

J’étais ce bouc émissaire,

Gai compagnon de misère.

 

Comme on aime chasser l’herbe,

J’étais votre indien superbe,

Méprisé d’un air acerbe.

 

Comme on aime l’embrassade,

J’étais ce garçon maussade,

Tombant dans votre embuscade.

 

Comme on aime le vélo,

J’étais coureur rigolo

Qu’on traitait de travelo.

 

Comme on aime le bon pain,

J’étais ce gentil copain

Qu’on piétinait sous les pins.

 

Comme on aime chocolat,

J’étais le ptit Nicolas,

Déchu, ami cancrelat.

 

Comme on aime chair de figue,

J’étais fruit gorgé d’intrigue,

Recraché dans la garrigue.

 

Comme on aime la lavande,

J’étais une pure offrande,

Concassée telle une amande.

 

Comme on aime les abeilles,

J’étais avec vous merveille,

Humiliée sous le soleil.

 

Comme on aime, un bel été,

J’étais flèche de gaité

Puis cible de cruauté.

 

Comme On aime cette fille,

Je n’étais qu’un joyeux drille

Et le rival que l’on vrille.

 

Comme on aime la pinède,

J’étais amour et entraide

Brûlés jour de mistral tiède.

 

Comme on est la crécerelle,

Planant la haut dans le ciel,

J’étais ici chien fidèle.

 

Comme on aime les grillons,

J’étais refrains par millions

Hués par les trublions.

 

Comme on aime les lucioles,

J’étais une âme frivole

Que l’on abat en plein vol.

 

Comme on aime l’air du soir,

Je restais là dans le noir

A serrer mon désespoir.

 

Comme on aime un beau lutin,

J’étais, le lundi matin,

Remisé comme un pantin.

 

Mes chers amis ?

Que ne vous ai-je pas dit

Combien je vous ai maudits !

 

2017
 

 

L’amitié

 

Une compassion,

 Comme une respiration,

 Partagée à vie.

 


 


La fin du cauchemar

 

Ghost song – Air : Virgin suicides (2000)

 

 

Visages

 

Vois ici, cet enfant, cet homme dans la glace

Qui blêmit – rencontre de son spectre et d’autrui.

Perçois son visage blanc, délavé qu’efface,

De cinq coups de crochets, la lande de la nuit.

 

L’être étrange, embué, soulève ses mains moites.

Il cache sa face puis dissout son sosie,

Tel un soupçon d’éther lâché dans de la ouate.

Le temps d’un éclair et d’un rêve en poésie.

 

1991

 

Vision

 

Dans ma penderie,

 L’Enfance avec une corde

 S’est donné la mort.

 

 

 

 

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DIALOGUE (EXISTENCE)

ADOLESCENCE

 Un adolescent

 


 

 

Eruptions

 

True sorry – Ibrahim Maalouf: Illusions (2013)

 

 

L’écarlate

 

Le cœur mi-clos, soucieux. Un murmure lointain.

Un air mélodieux, éperdu, poétique.

La brume est pesante. L’oiseau perce soudain.

Soupirant amarante, éconduit frénétique.

 

Pareil au cardinal, celui de nous qui offre

La chose imaginaire et le pouvoir du rêve

Puis qui siffle tout l’air que peut conter son coffre

Pour panser notre mal et accorder la trêve.

 

1991

 

Note : Le cardinal est un passereau réunionnais importé de Madagascar. Le mâle cardinal devient rouge écarlate en période de reproduction, il a un chant très mélodieux et adore se mettre au bout d’une branche pour dominer son territoire et chanter. 

 

 

Les flamboyants

 

La Montagne rouge

 Incendies réunionnais

 Volcans de décembre

 

 


 

 

L’épreuve du Temps

 

Lullaby - The Cure : Disintegration (1989)

 

 

Fin de semaine

 

Secondes, minutes puis heures après l’heure,

Quand le jour suit l’allée du Temps perpétuel,

Le silence pleure, prêt pour le rituel,

Figé comme un insecte attrapé dans un leurre.

 

Des perles de glace, sous ma peau enflammée,

Se glissent et fondent puis doucement ruissellent.

Là, l’ombre patiente, au noir dessein, m’appelle.

Quel bon vent t’amène, vilaine et malfamée ? 

 

Assise à mon plafond de marbre blanc et noir,

L’angoisse, de l’esprit la sangsue abyssale,

De ses mandibules suceuses colossales,

Me saisit et m’aspire en son vaste entonnoir.

 

Le fil désespéré de ma vie ennuyeuse

L’attise et l’invite sous mon crâne à régner

Et mon cœur éventré assoiffe l’araignée

Qui l’étouffe à jamais dans sa toile soyeuse.

 

1992

 

Mes vies d’insecte

 

Recoin de mémoire.

 Des corps chitineux s’empilent.

 Charnier à l’air libre.

 

 

 


 

 

Les Labdacides

  

Love on the beat – S Gainsbourg : Love on the beat (1984)

 

 

L’oedipe d’Icare.

 

Ère enfant-adulte. Temps de l’illusion.

Une âme sauvage se dessine là-bas.

Perdue à corps ouvert, je l’entends qui s’ébat.

Peur du fruit défendu. Magma en fusion.

 

De beaux rires heureux. Le doux frisson des bottes.

Bourbon, la belle brune, offre aux yeux ses ravines,

Longs fuseaux délicieux au creux de ses collines.

La recherche éperdue du trésor de la grotte.

 

Pareil à une abeille espérant le nectar,

Dans les vergers des Hauts, je m’en vais bourdonner.

Mais la voix suave cesse de bourdonner,

L’illusion s’évanouit et il est déjà tard.

 

1992

Le dimanche après-midi

 

Deux corps alités,

 Dans la chambre d’à-côté.

 Cris et voluptés.

 


 

 

La frustration

 

Canon & Gigue In D - Canon (Ordinary People) -  Pachelbel

 

 

Les chats de Klimt

 

Quel bonheur de goûter ensemble,

Comme on savoure un élixir,

Sur la treille, pris à leurs cirrhes,

Les fruits que la passion rassemble.

 

D’un doux péché de mai ne tremble !

Cours sous mon arbre t’endormir.

Se frôler, s’effleurer, frémir :

Deux chats sensuels qui s’assemblent.

 

Klimt aurait peint tes paysages

Aux seins pulpeux et veloutés,

Répugnant à la volupté.

 

Il aurait placé ton visage,

Nixe, en un chatoyant tableau,

Et ton corps sage, au fond de l’eau.

            

1992

 

Instant brisé

 

Un après-midi.

 Deux amoureux dans ma chambre.

 Il rentra plus tôt.

 

 

 

 

 


 

Contes d’antan

 

Mjolinir- Luc Arbogast : Oreflam (2014)  

 

 

A dame Catherine (ma bien aimée)

 

Ô toi, à qui, je dédie ce poème !

Tu m’as éconduit et je viens jeter

Mon fol espoir au pied de ta beauté.

Si sot de croire, je sais, que tu m’aimes.

 

C’est de rire que fond le cœur des filles.

Et malgré tout, le sieur qui éparpille

Alentour un idéal animé

Triste sire, est un bouffon mal aimé.

 

Nul ne sait que sous son masque de joie

Seul attrait en la frasque qu’il joua,

Gît un spectre à la noire solitude,

Qui espère avoir ta sollicitude.

 

1992

 

La belle et la bête

 

Seule elle sut voir,

 Dans ses entrailles immondes,

 Les trésors enfouis.

 

 


 

L’apiculteur

 

Me in honey - R.E.M. : Out Of Time (1991) 

 

 

Isabeilles 

 

Isabelle !

Seules les abeilles sont

Admirées, en sachant

Bien que l’on n’…

Existera jamais pour elles.

Le plus écœurant,

Le plus cruel,

Est que c’est aussi vrai pour toi, ma belle !

 

1992

 

Le fiel

 

Une reine hautaine

 Fuit la ruche de mon cœur.

 Fier-miel de l’été.

 

 


 

Elle - Bourbon.

  

Ousa nousava (Maloya) - Ousanousava : Déraciné (2011)

 

 

La Nouvelle

 

Ce matin encore, j’embrasse les chemins,

Ému par la beauté que donne au paysage

Ce prisme limpide qu’est mon amour pour toi.

Ici, les cascades portent ton nom, ta voix

Les pierres des sentiers, les traits de ton visage

Et les oiseaux, ton rire au cœur des tamarins.

 

Ce midi, des rayons insouciants déposent

Étoiles et perles au pourtour de mes lèvres.

Comme la salive de ta bouche m’apaise,

Ici, la ravine jaillit de la falaise,

Laissant sourdre ses eaux comme d’un tronc la sève

Emerge tiède, âpre de son écorce rose.

 

Ce bel après-midi, dans Mafate la verte,

Énervé, bleu, le ciel danse ma solitude,

Chauffé par un soleil blanc et inaccessible,

Incendie du rêve de ton âme impassible.

La rivière cendrée, sirène d’altitude,

Espère du vide ma peau sans toi déserte.

 

Ce sont tes longs cils noirs qui pulsent sur moi l’air,

Éthéré, me plaquant à la paroi hâlée.

Calme et sérénité de ma joue sur ton ventre,

Irisé, fatigué, volcanique en son centre.

L’ilet est un plateau offrant ses azalées.

Ecrin exotique de rocheuses paupières.

 

Cayenne, au bord du soir, le crépuscule innove :

Étonné mais heureux de se voir égaré,

Comme un bonbon posé sur ta langue - ô plaisir !

Il fond sur la crête rougie par le désir,

Le nuage éperdu qui vient s’évaporer

Entre l’oranger vert et le bananier mauve.

 

1997

  

Note : La Nouvelle et Cayenne sont des ilets (villages perchés) au cœur du cirque de Mafate sur l’île de la Réunion, anciennement appelée île Bourbon.

 

Le voile de la mariée

 

Une jeune fille

 Voulut épouser le vide :

 A jamais unis.

 

 

Note : Salazie est un des trois cirques de montagnes de la Réunion où l’on trouve une magnifique cascade dont les chutes imitent l’aspect d’un voile de mariée.

 


 

Le coeur-vidé

  

Corbeau blanc - Julien Doré: LØVE (2013)

 

Corbeau noir

 

Elle rouvrit le gouffre 

Sous mes pieds.

- Comme ça.

 

Elle me remit en suspens

Sur le fil.

- Comme ci.

 

Puis

Son Amour 

Referma la porte.

- Comme ça.

 

Supplicié funambule.

En dessous : 

Le vide.

 

Elle me laissa

Seul,

Dans le noir,

Sur le fil,

Au dessus du vide.

 

Et je restai

Là,

Tremblant,

Comme un oiseau,

Noir,

Seul,

Sur le fil

De ma vie.

 

2017

 

La nuée

 

Un appel. Un blanc,

 Dans le noir - Tournoiement d’elle,

 L’Amour qui s’envole

 

 

 

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DIALOGUE - EXISTENCE

ADULTESSENCE

Un adulte

 


 

 Enfermement

 

By myself - Linkin Park : Hybrid theory (2002)

 

 

Prisonnier intérieur

 

Sol, murs et plafond :

De son âme noire,

Les bas-fonds.

 

Seul, mort, abandon :

Sons de sa mémoire,

Les chardons.

 

Hors de son esprit, content, 

Son fol espoir

L’attend.

 

Pris dans l’infini du temps,

Son désespoir

Latent.

 

Sa vie de cire, goutte-à-goutte,

S’écoule

En pâles croûtes

 

Où se cristallise le doute.

S’écroule

Sa clé de voûte.

 

La peur instille alors,

Dans la prison

De son corps,

 

Un silence de mort,

Âpre poison

Qui le tord.

 

2017 

Icare

 

Mon esprit perdu,

 De mon âme labyrinthe,

 Tente de s’enfuir

 


 

La palette des solitudes

 

Outside (Studio) – Staind : Break the cycle (2001) 

 

 

Les gens de couleur

  

Les gens normaux ne crèvent pas les cœurs familiaux aux agonies rosées du jour. Deux désirs, jaunes et tremblants, les escortent aux lucarnes éclairées de l’amour.

 

Les gens normaux ne s’attablent pas à l’autel blanchâtre de leur soir monacal mais boivent puis s’esclaffent, à s’en égorger, aux coupes rouges des terrasses amicales.

 

Les gens normaux ne régurgitent pas sans fin la bile et les sucs de leur marronnage effroyable. Leur ventre clair est baigné de rêves argentés et de projets incroyables.

 

Les gens normaux ne craignent pas le ciel gris orageux qui accompagne leur survie. Ils passent le bleu clair de leur temps à se réjouir béatement de leur improbable vie.

 

Les gens normaux ne naviguent jamais à rebours du cours terne de l’Existence. Ils se laissent bercer par le fleuve violet de leur Destinée sans la moindre résistance.

 

Les gens normaux ne vivent pas à l’ombre des autres comparses du grand jeu. Ils rayonnent de centaines de connections indigo à d’autres âmes fascinées par l’enjeu.

 

Les gens normaux ne réservent pas de sombres surprises à leur maudit entourage. Ils sont à la hauteur des attentes dorées placées en eux depuis le plus jeune âge.

 

Les gens normaux n’écoulent pas le sable noir de leurs jours de manière illogique. Ils respectent scrupuleusement la ponctualité verte de leur belle horloge biologique.

 

Les gens normaux ne gravent pas de poèmes vermeils sur le visage fou de minuit. Ils s’éteignent dans la chaleur orange du soleil au fin fond des couettes de la nuit.

 

Les gens normaux n’alimenteront jamais les araignées brunes guettant à leur porte, heureuses. Ils nourrissent une blanche horreur pour toutes les bestioles duveteuses.

 

Les gens normaux ne pleurent pas une seconde de leur sang froid pour des choses insignifiantes. Ils forgent le monde de la masse pourpre de leurs pensées lénifiantes.

 

Les gens normaux ne ressentent pas la noyade au gouffre béant marine de l’univers. Leur esprit nage au blond courant d’air sidéral et met les aurores boréales à l’envers.

 

Les gens jaunes, rouges, bleus, violets, indigo, verts, oranges, pourpres

Les gens argentés, les gens dorés, les gens blancs ou blonds,

Les gens normaux dans l’arc-en-ciel multicolore…

 

Combien sont passés à côté de mon âme phosphorescente sans la voir vraiment,

Comme l’hologramme transparent de moi-même immolé dans son noir firmament.

 

Combien n’ont pas pris la peine d’écarter le feuillage brun et sombre de ma nuit,

Pour découvrir les reflets rosés, blanchâtres ou bleutés de la tendre étoile qui y luit,

 

Avec ses tombereaux désespérés

De poésie, d’amour éperdu, d’amitié pure, d’invincible fidélité,

Offerts aux rayons de lune, au vent solaire et à la voie lactée

 

Puis, versés au cercueil du néant.

 

2017

L’arc-en-ciel des pirates

 

Sang douleur goudron

 Suie l’Outre-tombe outre-mer

 Un trésor doré

 


 

Quarante troisième rugissant

  

Ode to my family – The cranberries : No need to argue (1994)

 

 

Dans le magasin de porcelaine

 

Rouleuse

Virée

Houleuse

Arrivée

 

Se revoir

S’égayer

Recevoir

Et payer

 

Spéciale

Distraction

Spatiale

Contraction

 

Bruyante

Invasion

Fuyante

Evasion

 

Démocratique

Protension

Dogmatique

Propension

 

Impudente

Démonstration

Imprudente

Confrontation

 

Susceptible

Fonctionnement

Indéfectible

Dysfonctionnement

 

Généreuses

Intentions

Onéreuse

Surtension

 

Proposer

Soutenir

Disposer

Retenir

 

Tendresse

Attention

Maladresses

Inattentions

 

Eprendre

Aimer

Reprendre

Désaimer

 

Sévir

Plier

Punir

Lier

 

Objet

Des amours

Sujet

Désamour

 

Aranéeuse

Mère-fusion

Nauséeuse

Perfusion

 

Parentale

Incompréhension

Filiale

Répréhension

 

Ténébreuse

Attraction

Coléreuse

Réaction

 

S’excuser

Punition

Culpabiliser

Détention

 

Affective

Dissension

Effective

Distension

 

Présence

Sans concession

Absence

Sans confession

 

 

Donner

Accepter

Pardonner

Sans compter

 

2017 

Félix

 

Un chien attachant,

 Comme eux, aboyant fidèle.

 Amour attachiant.

 


 

L’épeire diadème

  

Fortuna Imperatrix Mundi: O Fortuna - Carl Orff: Carmina Burana

 

 

Au chevet de Notre-Dame (à la Bonne Mère)

 

Accouchée par un vent démiurge et reniée,

Là. Corps proéminent au devant de la scène,

Las. Grise éminence, sur un divan de Seine,

Cachée d'un paravent du jugement dernier.

 

Elle sieste d'un œil, les sept autres formant,

Autour de l’encéphale, un couronnement noir                     

De vautours du Wesphal trônant sur leur manoir.        

Belle funeste, au seuil du transept, s’endormant.

 

Épeire cathédrale à l'abdonef empli

Des tailleurs condamnés à leur vie de poussière

Et leurs maçons damnés parmi les pluies de pierres.

Un enfer diadémal dominé par l'oubli.

 

Au détour, on la voit, l'aranéide stèle,

Au cœur de la Cité, respirant de son orgue.

Son chœur surexcité, espérant jour de morgue,

Fait des tours et trembloie en sa vide arantèle.

 

Araignée porte-croix, aux pattes arcboutées,

Roses oculaires projetées vers son antre,

Grosses chélicères crochetées vers son ventre.

Reines, rois, culs-de-jatte, elle a maraboutés,

 

Roulés dans sa toile tissée de soie christique,

Percés jusqu'à leur foi - temps de liquéfaction - 

Sucés un à la fois - avant putréfaction -

Puis ourlés d'un voile lissé de suc gastrique. 

 

Au centre du réseau, point d'afflux des touristes,

Elle tend, patiente, un piège aux bateaux-mouches

Et pend confiante un cierge à ces béates bouches :

Au tendre de leurs os, point d'effluves baptistes.

 

Leur viande, jusqu’au foie, gavée de chrétienté,

Elle la stocke au calme en ses chapelles froides

Et estoque leur âme entre deux missels roides,  

Friande de ces proies givrées de sainteté.

 

Gargouilles pilleuses hérissées sur son corps,

Son toit, sa façade vibrant aux alentours,

On voit à la mansarde, ivre en haut de la tour,

La bouille du gibbeux hissée au son des morts.

 

Et toutes les cloches et les bourdons qui sonnent,

Rameutent les manants, par route, en la bestiale.

Emeute permanente encroûtant l’abbatiale

De doutes, reproches et pardons qui résonnent.

 

Parvis du point zéro, parchemin de dentelle.

Elle fanfarde en fait, sans que nous comprenions,

Une blafarde fête au sang des Compagnons,

Ravie des fins héros des chemins d’arantèle.

 

2017 

Point de rosée

 

Seules sont les larmes

 Des insectes dans la toile

 Au petit matin.

 

 


 

 

Seule & Solitaire

 

Sexe - Saez – God blesse : (2002)

 

 

Chevauchée printanière 

 

Ici,

Mille feuilles bruissent

Dans les arbres rouillés

Et les grillons jouissent

Sur les herbes souillées.

 

Puis,

Le carillon tinte

Au vent tiède du soir

Et l’écran bleu feinte

Un dernier au revoir.

 

Là-bas,

Ton lit bai se plisse.

Tu t’es agenouillée

Sur l’élan qui glisse

En ta rose mouillée.

 

Alors,

Galope l’étreinte

Dont tu presses l’espoir,

Qui cabre et t’éreinte.

Eclair blanc dans le noir !

 

2016

Jacuzzi d’extérieur

 

Un vent tiède souffle.

 Turgescence dans les bulles.

 Plaisir solitaire.

 


 

Communication moderne

 

Nightcall - Kavinsky: OutRun (2013)

 

 

SOS du SMS

 

L’ « s » aime l’« s ».

 

L’ « s » : Ô « s » !

 

Laisse, el’ m’ laisse !

 

L’ « s » home-less.

 

L’ « s » meurt seul.

 

Sang au Sol…

 

2017

Hiéroscopie

 

L’écran bleu s’éclaire.

Dans ses entrailles résonne

 Un mauvais présage.

 

 


 

 

Libertés et souillures

 

Regardez les filles pleurer (thème) – Saez : J’accuse (2010)

 

 

Le saccageur

 

Viens là, ma chère épouse !

Avec ta belle audace

Aux beaux yeux d’Andalouse

Et aux p’tits airs tenaces !

 

Tu l’aimes encor beaucoup ? 

Méfie-toi qu’au clair de lune,

Le loup ne te morde au cou !

Il aime y manger les brunes,

 

Celles à la chair blanche écrue

Parcourue de veines bleutés,

Qu’il dilacère toutes crues

Pour en drainer toute beauté.

 

Enfant nu sous le bel astre pâle,

Il se baigne dans leur sang tiédi

Tandis que de leurs deux trous d’opale,

Elles mirent la voûte verdie.

 

Alors, à l’incantation du pentacle,

Là, sous les frêles étoiles jaunies,

Se perpétue l’impossible miracle :

Soudain, l’immonde bête rajeunit.

 

Dans la clairière cernée d’un anneau noir,

Le monstre, de leur fine peau revêtu,

Parade et danse puis retourne au manoir

Pour y cuisiner leur petit cœur têtu.

 

Le silence glisse dans la forêt des mortes.

Sous la douce clarté de la belle Vénus,

Elles sont allongées. De gros vers vont et sortent,

De leurs corps dévastés, de la bouche à l’anus.

 

2017

Promenade inconsciente

 

Dans sa forêt d’âme,

 Chacun a un loup qui guette

 A la pleine lune.

 


 

Libre, une nuit

 

Tree of life – Yodelice : Tree of life (2009)

 

 

A l’orée de ma vie

 

Ce soir,

Chaperon, je vais dans ce bois

Qui vit et languit juste en bas

De l’endroit où tu fis ton toit.

Loin dans la nuit, un chien aboie.

Du haut de la butte en émoi,

On aperçoit en contrebas

Un feu d’adolescentes joies

Qui fume l’herbe puis flamboie.

Les rois, les rois, les rois !

 

Ce soir,

A l’orée de ce triste bois,

La brume de mauvais aloi

Me dit que tu n’es pas chez toi.

Tu es enfin dans d’autres draps,

Ici, bientôt, j’en ai la foi,

Serrée, c’est sûr, par d’autres bras

Portés par un autre que moi.

Je crois, je crois, je crois…

 

Ce soir,

A la lisière de ce bois,

Un loup te guettait aux abois.

Dans ce beau ciel d’été, je vois

Le soleil indolent qui ploie

Ses ailes bleues dessous les draps 

Que la lune aimante déploie.

Puis elle me prend dans ses bras

Et fait renaître un autre moi,

Sur le plateau là-bas, là-bas.

 

Ce soir,

En face de ce gentil bois,

Je me sens libre cette fois

Et mon cœur, seul, dévalera

Par la colline étalée là,

Comme un pancake au chocolat

Que la nuit noire avalera.

Mes chers grillons, chantonnez moi,

Un air sucré, tout bas, tout bas !                          

2017

Nocturne

 

Le soir libéré,

 Par la colline illunée,

 Fredonne l’été.

 


 

Les divorcés

 

 Je ne t'aime plus - Manu Chao : Clandestino: Esperando la ultima ola...(1998)

 

 

Les couples attablés

 

Au nom du père, du fils et du sac Esprit.

Triptyque où l'homme est de côté,

Le petit face à sa mère en décolleté,

Son mari à un sac surpris.

 

Une table ne pouvant avoir d'enfants

Couine telle une roue mal graissée,

Pendant tout le repas oppressée

Par son chihuahua triomphant.

 

Deux snobs n’ayant plus rien à se dire,

Portant des origines l’amour en deuil,

Se dévisagent du coin de l’œil

Dans le reflet des pages et de la mire.       

  

Un jeune couple bien trop affairé

S’oublie d’extase en leur bébé

Qui les nargue la bouche bée

En catapultant doudou préféré.

 

Entre un essaim noir de smartphones 

A la vibrionnance insupportable.

Les écrans bleus passent à table.

Toute la ruche devient aphone.

 

Une famille de gais prolétaires,

Qui mange son argent mensuel,

Reprend des frites à la truelle

En braillant au lieu de se taire.

 

Dans leur retraite, deux vieux amants,

Qui ne s’aiment que de loin en loin,

Restent accolés là dans leur coin,

Comme une paire de vieux aimants.

 

Et moi, qui ne nous aimons plus

Je dîne avec mes deux invités

Ma solitude et ma culpabilité,

Vieilles compagnes jamais repues.

 

2017

Notaires, Avocats & Cie

 

Vautours charognards

 Sur la carcasse encor tiède

 De ce bel amour.

 


 

L’espace-temps

 

Unis vers l’uni - Michel Jonasz : Unis vers l’uni (1985)

 

 

Hubble et le trou noir.

 

J'étais là, l’intrus,

Patient,

Brûlant,

À l'ombre de ta vue.

Ton âme seule.

 

Originel

Regard de ton regard,

Révélant aujourd'hui,

La souffrance indicible

De ma survie.

 

Je suis ici la cible,

Maintenant.

Vibrionnant,

Aspiré par tes cils.

Ton âme sœur.

 

Fidèle

Miroir de ton miroir,

Reflétant à l'infini,

L'univers des possibles

De nos deux vies.

 

Je serai là, l’écueil,

Amant

Latent,

Au creux de ton œil.

Ton âme sombre.

 

Éternel

Espoir de ton espoir,

Résonnant dans ton esprit

Comme l'écho inaudible

De ton envie.

 

Depuis toujours en toi,

Permanent en toi,

À jamais en toi,

 

Pour la nuit des temps.                                  

2017

 

La théorie d’Einstein

 

La séparation:

 Relativité restreinte

 Appliquée aux êtres.

 

 


 

Le pécheur

 

Merry Christmas Mr. Lawrence (waves version) - Riuchi Sakamoto : Furyo (1983)

 

 

Villeneuve-lès-Maguelone

 

Une lèvre de terre humide,

Une pointe de lande aride,

Sans plaisir. Paradis perdu,

Où les âmes nues,

Coupables amantes,

Serpentent,

Piégées
,

Entre étang et marées
.

 

Au nom du jour, de l'ombre et de la nuit,

Eperdument épris, 

Passionné,

Projeté

Vers l'onde insondable, 

Sensuelle et insatiable,

Un fil d'argent météore

Cherche sa belle aux sourcils d'or.

 

Soleil d'été,

Lune étoilée

Dansent et se télescopent

Dans le kaléidoscope

Des planètes.

Quiétude honnête,

Bonheur d’un soir

D’un pêcheur d’espoir.

 

2016

  

La dorade royale

 

La reine argentée

 De la Méditerranée.

 Quête de l’été !

 


 

La vallée des LiØns

 

Life (Adouna) - Youssou N’Dour : Guide (1994)

 

 

Les Fauves 

 

Herbes sombres. Ciel de plomb.

Pas sourds,

Bruissements,

Vrombissements

Puis silence autour.

Heures blondes en surplomb.

 

Âmes noires. Statues d'Afrique,

Soudées depuis toujours,

L'une contre l'autre érigées,

Apparemment figées,

Spectrales en contre jour.

Même regard sur la plaine statique.

 

Mêmes corps, mêmes cicatrices 

Témoins des mêmes combats

D'une même survie.

Unis pour la vie.

La savane, en contrebas,

Mène leur sort, manipulatrice.

 

Flanc contre flanc. Chaleur ocre.

Pulsations synchrones.

Elle, feulements.

Lui, effleurements.

Respirations monotones.

Amants brûlés à blanc. Faim d'ogre.

 

Ensemble, demain, ils descendront.

 

2017

 

  

Si tu savais comme il t’aime

Et t’a toujours aimée

Lionne…

Range donc ces griffes

De la colère,

De la souffrance,

De l’absence,

De l’angoisse,

De la fatigue

D’attendre,

Le temps fut long et aride,

Ô plus belle…

Mais il est là à tes pieds

Regarde ce Lion, 

Tête baissée,

Dos balafré,

Les pattes ensanglantées

Par les sables, les graviers et les pierres

De la trop longue route pour venir

Enfin à toi,

Au travers des plaines et des vallées,

Des déserts et des savanes, 

Des embuscades des hommes…

Ce chemin vivant et acerbe

N’avait de sens

Que pour toi, 

Qu’avec toi,

Car ton image tremblait

Sans cesse

Comme un guide céleste

Aux bouts de ses routes

Dans la fournaise des étés,

Dans le miroir des nuits d’hiver,

Dans les fleurs neuves des printemps,

Dans les feuilles mortes des automnes.

Et regarde le,

Epuisé, chancelant,

Mais toujours debout

Et las, à ton côté,

Comme un gros félin harassé,

Regarde dans ces yeux

Brûler la même braise,

Ocre,

Qui te fit chavirer

A l’ancien solstice,

Et pose ta main, encore

Sur ce front brûlant,

Et sens sa chaleur

Sauvage et douce

Te remplir.

2018

 

Notre savane

 

Creuset de survie

 Chasseurs chassés - morts vivants

 L’été sans l’Afrique

 


 

 Les départs

 

Valse #3 In A Minor, Op. 34/2, "Grande Valse Brillante" : Chopin (N Magaloff)

 

 

La séparation

 

Il n’y a plus rien, que toi mon amour

Et moi qui retiens les pleurs en tes yeux

Puis qui entretiens l’illusion autour.

 

La valse ogresse de nos deux regards,

Qui tourne sans cesse en cercles furieux,

Brise et disperse ces témoins hagards.

 

Nos cœurs fragiles, dans leurs fines mains,

Pressent, fébriles jusqu’aux adieux,

L’hydre intranquille de nos lendemains.

 

Organes défunts coupés de leur hôte,

Ils prieront sans fin ce jour radieux

Où seront enfin greffés sous ses côtes.

 

2017

Sur le quai

 

Des amants transis

 Les yeux rougeoyants du train

 L’hiver dans les cœurs

 

 

 


 

 

Les amoureux

 

Lovesong - The Cure : Disintegration (Remastered) (1989)

 

 

La règle de trois

 

Chaque aube sur mes lèvres,

Ton sein qui se lève.

 

Chaque jour dans ma chair,

Ton cœur qui m’éclaire.

 

Chaque soir sur ta bouche,

Ma peau qui se couche.

 

Chaque nuit dans le tien,

Mon corps qui s’éteint.

 

Chaque jour,

Mon Amour,

Pour toujours.

 

2017

 

On s’aime.

 

Ni ports, ni barrages,

 N’arrêtent les eaux sauvages,

 Du fleuve à la mer.

 

 


  

Les paysages de la séparation

 

Cézanne peint – M Berger (France Gall) : Débranche (1984)

 

 

Aix – Besançon

 

Au Sud, la Sainte-Victoire

Est un tremplin argenté 

D’où, dans un élan bleuté, 

Il voit s’envoler l’espoir : 

 

Par le ciel mélancolique et les à-pics impérieux, 

Par la plaine bucolique et les nuages furieux.

 

Il sent autour de la gare, 

Sur les portées caténaires, 

Se déposer quelques airs 

Itinérants qui s’égarent: 

 

Pour le baiser salutaire ou les belles retrouvailles, 

Pour son départ solitaire ou les adieux en pagaille.

 

Il poursuit la rhapsodie 

Qui s’étire entre leurs cœurs 

Et berce les lignes sœurs 

D’une étrange mélodie: 

 

Par la Durance - galets et méandres oubliés, 

Par la Provence - genêts et lavandes par milliers.

 

Au Nord, se perd leur refrain 

Dans les forêts conifères 

D’où la bise vocifère 

Comme un loup au cri des freins: 

 

Pour repousser l’arrivée où son absence l’assèche, 

Pour cette plaie ravivée où l’abandon saigne et sèche.

 

2017

 

La Sainte-Victoire

 

Bleu, vert, blanc et ocre.

 La montagne obsessionnelle

 Vibrante un été.

 


 

L’hôtel du poète

  

Fièvre résurrectionnelle - H-F Thiéfaine : Suppléments de mensonge (2011)

 

 

Mon amour attendait, là.

 

Je me souviens très bien de la première fois

Que mon amour te vit, il perdit son sang froid.

Deux fossettes de joie encadraient ton sourire

Qui explosait soudain dans un violent fou rire.

Mon ouïe obnubilée par tes éclats sonores,

Ma vue hypnotisée par ton vol météore,

Toi, tu me capturais, moi cheval alezan,

Belle amazone brune au dos de mes onze ans.

Dompté, parqué tout seul au milieu de la cour,

Mon amour attendait qu’enfin vers lui tu coures.

 

Je me souviens même de la première fois

Que mon amour vola au loin, sans toutefois

Oublier dans cette île, aux odeurs de l’exil,

Les parfums de toi et les arômes subtils

Des rêves enivrants bus au creux de ta nuque.

Et de ta langue, douce au supplicier eunuque,

Bonbon goût de fraise chipé dans les couloirs,

Il conservait l’extase ôtée à ton vouloir.

Ces souvenirs prégnants le gardant en haleine,

Mon amour attendait qu’enfin tu le reprennes.

 

Je me souviens toujours de la première fois

Que mon amour sourit, avant de perdre foi,

De te revoir si belle et brune à en mourir,

Tels ces pics créoles chers à mon souvenir

Puis de réaliser qu’il n’avait plus sa place :

Quelqu’un l’avait volée sans en laisser la trace.

En échange trônait cette tendre amitié,

Imputrescible idée, cavant d’inimitié

La grotte où il s’était retranché, solitaire.

Mon amour attendait qu’enfin tu le déterres.

 

Je me souviens encor de la première fois

Que mon amour ému, un jour, comme autrefois,

Dans la foule indigo, vint à te reconnaître

Et de braise exhumée, à lui même renaître.

A la fontaine d’où le poète saigna,

Venu se ressourcer, en toi il se baigna :

Rivière mentholée, algueuse chevelure,

Résurgence sucrée apaisant sa brûlure.

Remariant la falaise à son âme frivole,

Mon amour attendait de prendre son envol.

 

Je me souviens aussi de la première fois

Que mon amour te fuit comme un vil palefroi.

Il te désarçonna aux steppes de l’hiver

Pour dissoudre, à lui seul, le cours de sa rivière

Figée dans la glace des rancœurs ressassées.

Frappé par la bise mauvaise du passé,

Il remonta, en bête obstinée, à la source

Délivrer sa lumière, à la fête de l’ours.

Tout au bout de la voûte où croisaient nos errances,

Mon amour attendait une deuxième chance.

 

Je me souviens enfin de ces dernières fois

Où mon amour reçu ces décharges d’effroi,

Tout droit lancées du fond de l’étrange prison

Aux murs capitonnés d’angoisse et déraison.

Dérobé à ta vue par un miroir sans teint,

Alors qu’il crie, hurle, cogne comme un pantin,

Tu déplores sans fin, à genoux son absence,

Lui qui, tout implorant, s’éteint dans ton silence.

Là, dans la camisole où sombre sa folie,

Mon amour attendait qu’enfin tu croies en lui.

 

2017

 

La fontaine d’Hypnos

 

Ô ma résurgence !

 Sors mon amour au grand jour!

 Mets fin à sa sorgue !

 


 

Le félin

 

Le petit chat est mort – Renaud : À la Belle de Mai (1994)

 

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Le petit chat noir

 

De la cuisine au rideau,

En glissade sur le dos

Au dessous du canapé

Puis à mon blue-jean râpé,

 

Ce petit chat noir m’agace.

Il file et s’enfuit, fugace,

Tel un fieffé escogriffe

Qui ressurgit par ses griffes.

 

Il répugne à la caresse,

Si ce n’est sur sa maîtresse

Et n’est jamais fatigué

De son errance aux aguets.

 

Des abandons du jeune âge,

Il garde ces peurs sauvages

Qui vibrionnent encore

Dans chaque poil de son corps.

 

Je suis ce chat intranquille,

Là, dans l’angoisse infantile

Qui ne sait trouver le calme

Qu’à l’ombre bleue de tes palmes.

 

Deux tendresses sous le vent

Qui le bercent bien souvent

En découpant la lumière,

D’une si tendre manière,

 

Que ce doux rituel d’enfance

Vient à vaincre sa méfiance.

Lové sur toi, il s’endort,

Pesant comme un lion d’or.

 

2017

 

La part du roi

 

Le lion qui dort,

 Au creuset de tes bras d’or,

 Festoie de ton corps.

 

 


 

Les visages de la séparation

 

Duel in the mirror-cabinet - Ennio Morricone: My name Is nobody (1973)

 

 

Ton nouveau poème.

 

Que la lumière grise du couchant après ta promenade du dimanche.

 

Qu’une fatigue de ta terrasse harmonica où n’entre que le vent de Chopin.

 

Qu’un tintement sur les vitres dans le carillon de ta chambre.

 

Que deux trains insomniaques sur le froissement de tes draps.

 

Qu’un grésillement glauquedans le verre infidèle deta lampe.


Que ton café, ton casque, les pages à travers tes lunettes pliées.

 

Que le goût crawlé de la vague de sueur après ton repas volé.

 

Que la petite aiguille glissant le long de ton kilomètre de dos. 

 


Qu’est-on

 

Au fond de ton miroir ? 

 

Qu’une goutte de buée ;

 

Au fond de ton jardindélaissé et anxieux ?

 

Que ton insectetournoyant ;

 

Pas plus qu’une poussière,

 

Qu’unton blessé montrevraiment.

 

2018

 

Mots à maux

 

Un reflet lifté

 Sur le cours de nos angoisses :

 Miroir déformant 

 


 

 

Ode à la mélancolie.

 

Prelude #22 In G Minor, Op. 28/22 - Chopin (G Ohlsson)

 

 

Le cycle

 

Tu l’appelles de tes vœux.

Tu l’incantes de tes yeux.

Il paraît, chaos furieux,

Bercé par des flots houleux.

 

Tu en rouvres le noir gouffre

Pour éprouver que tu souffres.

Avant que tu ne t’étouffes,

Tu espères dans un souffle,

 

Encore une fois prouver

Que l’Amour saura braver

L’abysse pour te sauver.

 

2017

Chopin.

 

Triste air de piano

 Crépitement sous la peau

 Automne solo

 

 


 

 

Les paradis perdus

  

Love is a losing game - Amy Winehouse: Back to Black (2007)

 

 

Mon Atlantide 

 

Ô mon île malmenée

Aux cyclones de mes peurs,

Ma palme douce infinie,

Mon oasis de langueur,

Mon ombre et ma poésie,

Ma fraicheur au front brûlé.

 

Ô ma plage abandonnée

Au ressac de mes errances,

Mon grain d’humour katana,

Mon beau soleil de l’enfance,

Mon aurore ikebana,

Ma résurrection sablée.

 

Ô ma forêt pardonnée,

Ma fougère arborescente,

Ma canopée de souffrance,

Ma liane incandescente,

Ma muraille en hautes branches,

Ma voie verte et esseulée.

 

Ô ma falaise d’apnée,

Mon alizé mascareigne,

Mon appel océanique,

Mon abyssale sirène,

Mon bel écho pélagique,

Mon paille-en-queue envolé.

 

Ô ma lave exsanguinée,

Séchée au Temps spadassin 

Qui nous fit nous reconnaître

Et comme un vil fantassin,

Nous saigna en kilomètres.

 

- Notre Amour coagulé -

 

2018

 

Mon archipel joyeux

 

Eclats de soleil

 Aux cymbales des tympans

 Chaleur des fous rires

 


 

 

Palingénésie

 

Bowels – I Murdered: Sins and Confessions (2017)

 

 

Cathyarsis 

 

Avec ces mêmes mains,

Celles qui te sont chères

Mais qui te font défiance,

J’arracherai demain,

Ce qui mange mes chairs

Sous ce masque d’enfance.

Puis sous ton regard clair, 

Je fendrai ces entrailles

Afin de mettre à l’air

Ma grouille de souffrances,

Toute cette tripaille

Percée par l’abandon

Suintant un jus amer

Couleur de céladon,

Exhalant l’odeur rance

Des pires bords de mer.

Comme un vil otaku

Renouant à la transe

Fétichiste de mère,

Je la verrai sécher

Au soleil du grand jour

Et dans le seppuku 

De notre prime amour,

Œdipe ira chercher

Aux tréfonds de ses anses

Le pardon de son père.

Puis avec tes pétales

De rose du désert,

Je soignerai ma panse

Evidée de son mal,

Je la saupoudrerai

De poussières d’étoile

Et je la recoudrai

Avec un fil à voile.

Nous la regonflerons

Au vent de mon enfance

Puis nous nous en irons 

Tout autour de la terre.

 

2018

Le Cap

 

Les tripes du temps,

 Au vent de la Baie des singes,

 Voguent vers Maïre.

 

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EPILOGUE (RENAISSANCE)

Les suicidaires

 

Lazarus – Bowie : Blackstar (2016)

 

La supplique de Stig Dagerman

 

Corps hyperesthésique guerroyant,

Être à l’esprit critique et clairvoyant,

Reprends en main

Tes lendemains !

Tout d’abord, 

Le Silence sublime,

Pour l’inconsistance et l’incompréhension du monde.

Puis, la Mort,

Liberté ultime,

Radicale résistance à ta condition immonde.

 

Le Silence, en ouverture.

Oui ! Le Silence assourdissant,

Etourdissant

De la Nature.

Elle et Toi, côte à côte.

Deux êtres vivants, l’un dans l’autre.

Elle - in-différente, in-attentive, in-affectueuse.

Toi - qui la sens et la comprends, âme défectueuse.

 

Etonnement, plénitude, grâce et beauté.

Instant de pure et d’absolue Vérité :

Matière pensante infime dans l’infini,

Appartenant, seule, aux éléments finis.

 

Loin, l’Humanité,

L’envie, la cupidité,

La haine, la cruauté,

La violence, la culpabilité,

L’intolérance, la vanité,

La faiblesse, la médiocrité.

L’abandon, l’infidélité,

L’indifférence, la pitié,

L’exclusion, l’inamitié,

L’absence et l’infiabilité.

 

La Mort - en fin.

De ta vie absurde de séraphin, 

Le seul choix réel.

Ne plus accepter, ne plus souffrir, ne plus lutter.

Récupère à jamais ta Liberté,

Puissante et belle !

Fais Seppuku, sans mélodrame ni haine,

L’idéogramme des Samouraïs au creux de l’aine !                                       

 

2017 

 

They won't go when I go - George Michael : Listen without prejudice (1990)

 

 

 

Etoile filante *

 

Exemple brillant

 Un. Uni à la Nature

 Flammèche de vie

 

 

* In memoriam à Christophe Mariette et Laurent Selek.

 


 

 

La Mort dans l’âme

  

The vampyre of time and memory - Queens of the stone age: Like clockwork (2013)

 

 

La nature humaine

 

L’étrange Nature, dans sa béatitude,      

Greffa à l’animal humain l’Intelligence

Puis vint la Conscience de sa frêle Existence,

Chevillée à son corps, forgée de finitude. 

Ce fut un acte fou autant qu’irrévocable.

Sapiens, voyant sa chair enchaînée à sa tombe,

Sema tous les malheurs sur le tertre du monde,

Pensant en rassasier la bête inéluctable,

Nourrissant son espoir en l’immortalité.

Des tréfonds baptismaux des grottes et paroisses,

A la fosse commune où grouillent ses angoisses,

Sournoisement tapie dans son humanité,

La Mort manipule tous les tendons de soie

Qui le dandineront avec ravissement 

Sur la scène obscène du Divertissement.

Travail et famille, patrie ! Oubli de soi !

            

Argent et possession, âpre domination.

L’être vil en puise sa barbarie des flammes.

L’être sain ne cesse d’y calciner son âme.

Ô fuites en avant ! Ô consolations !

 

Le philosophe feint de la théoriser.

L’artiste l’étale pour mieux l’exorciser.

Le dément s’évertue à la terroriser.

Le suicidaire croit enfin la maîtriser :

Saisi de désespoir, pris d’une peur panique,

S’extirpant courageux à sa douleur atroce

Ou vain et vaniteux hâtant l’issue précoce,

Egorgé par l’espoir d’une étrange logique ;

Après avoir vécu pour se soustraire au piège,

Il croit enfin saisir sa liberté ultime

En se gargarisant d’un nihilisme utile 

Qui le renvoie au fond, à son état de siège,

Assailli qu’il était et englouti en fin,

Par la horde affamée de sa funeste histoire,

Irrésolue, happée par les fantômes noirs 

De son passé suçant ses os de séraphin.

                              

2017

 

The great gig in the sky - Pink Floyd : Dark side of the moon (1972)

 

 

Trou noir

 

Combien decourage

 Faut-il à l’âme qui ose 

 Affronter le vide.

 


 

Amor

  

Les petites planètes - Manu Chao : Sibérie m'était contée (2004)

 

 

La bonne étoile

 

Le corps et son esprit sont vraiment peu de chose,

Comme ces vers lâchés dans un cosmos de prose.

 

Un poète zébré par la voûte lactée.

Explorateur d’espace, infini pour l’esprit.

Aux confins suffocants de notre Multivers.

L’implosion d’une étoile à des milliards d’années.

La biologie forgée dans la soupe aminée.

Dans le vide comique où se perd l’Univers,

Spermastéroïdes, flagellés et épris,

Inséminant la Terre, à l’écorce éclatée.

Brune fendue, fêlée cabosse cacao,

S’ouvrant toute entière pour recevoir la Vie,

Vibrante encore en l’Homme amoureux et ravi.

Improbable miracle au sein du noir chaos.

 

Le poète partage une fraternité

Au milieu de la nuit de notre humanité.

 

L’eau avec le soleil, puis le gel, puis le feu,

Sous des millions de jours et des millions de lunes.

Gènes, protéines, écailles, peaux et plumes

Versées au bleu creuset, Darwinien pot-au-feu,

Réchauffé aux flammes des fourneaux magmatiques,

Brassé aux cuillères des courants tectoniques,

Evaporé aux rots des gorges volcaniques,

Projeté aux impacts des croûtons galactiques,

Et dont su s’extirper l’animal boutefeu,

Essai-erreur furtif d’une âpre sélection,

Ange autodestructeur, Sa sixième extinction

Faisant de la Terre son tout dernier enfeu.

 

Il faut choisir la Vie, son ombre et sa lumière

Mais vivre heureux et libre, en condition première.

 

Matière définie, infiniment pensante,

S’exerçant à la voie des premiers samouraïs,

L’âme grande et sage, voguant sur l’étoilée,

Prend sa vraie liberté en embrassant la Mort,

Qui la délivrera, à son tour, de ce corps,

Comme une amie fidèle à sa vie emmêlée

Dont il accueillera, sans un regret, l’entaille,

Après avoir joui de vie incandescente.

Ainsi l’Homme fini, dans l’Infini autour,

Humble astéroïde, perpétue l’énergie

De cette folle étoile aimant la biologie,

A qui il rend hommage en un écho d’amour.

 

Chacun des poètes, ensemençant l’histoire,

Sublime la quête de cette étoile noire.

 

2017

 

Les étoiles - Melody Gardot : My one and only thrill (2010)

 

L’étoile du jour

 

Bienheureux celui

 Qui aiguise avec l’amour

 Sa lame au soleil.

 

 

 

 

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08 octobre 2018

 

Capture d’écran 2018-10-08 à 22

- On s’aime -

Ni ports, ni barrages,

N’arrêtent les eaux sauvages,

Du fleuve à la mer.

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Capture d’écran 2018-10-08 à 22

- Psychose familiale I -

Des spectres grinçants

Glissent devant la fenêtre.

Menaces passées.

 

 

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Capture d’écran 2018-10-09 à 19

- Abandon -

Un appel. Un soir.

Raz de marée intérieur.

L’horizon se noie.

 

 

 

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