10 novembre 2018

Le Congrès

SFNC Grenoble 2018

 

 

Arrivée à Grenoble

 

Par delà les fenêtres du train,

On sillonne, paisible, au travers des près vert pâle

D’une vallée luisante sous un tiède soleil de mars.

 

Progressivement,

Le décor s’assombri,

Tandis que le relief s’amplifie.

 

Surgit alors par vagues

La terre plissée,

Anthracite dos de shar-peï carbonisé.

 

Aux plaques stratifiées,

Arrachées des entrailles de la terre

Et dispersées comme de vulgaires mille-feuilles

Mal découpés par la lame sismique ;

 

Aux à-pics acérés

Où vont s’empaler les oiseaux de proie ;

Aux parois noires

Où vont dévisser les cordées d’alpinistes ;

 

Aux falaises aiguisées

0ù s’égorgent les désespérés ;

Aux failles sans fond

Où disparaissent les oubliés ;

 

A l’écho exponentiel

Des secousses tectoniques

Amplifié au cratère de la ville ;

 

Elle s’immisce en nous,

Sournoisement,

La menace tellurique.

Elle est là,

Qui nous encercle et qui nous guette.

Partout.

 

On ravale alors sa salive.

 

Elle a déjà un goût de cendres.

 

 

Mars 2018

 

L’auditorium

 

Là, dans cette assemblée recueillie

Entouré de ces pairs-dieux

Religieusement assis,

Blafards, gris et fatigués,

Je pris conscience.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A ruminer la liste innombrable des choses à faire

Stockée dans les bajoues de ma mémoire.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A charrier la montagne des strates administratives

Empilées au sommet de mon crâne.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A subir la lente déformation de ma belle vocation

Scoliosée autour de ma moelle épinière.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A plier sous le poids écrasant de réformes systémiques

Appliquées à la charnière de mon bassin.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A ravaler ce sentiment de trahison et de colère

Etranglé au fond de ma gorge.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A glisser sur cette pente avide, savonnée

Le long de mon œsophage.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A agréger cette culture insensée du chiffre

En calculs amers au fond de ma vésicule.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A arroser d’acide noir cette jolie fleur de stress

Ulcérée à la paroi de mon estomac.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A me tordre sous ma péristaltique consomption

Vitriolée au long de mon intestin grêle.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A suffoquer dans le sang des ailes de ma passion

Cloutées au cœur de ma cage thoracique.

 

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A garder le tannin de mes nuits scialytiques

Imprégné sur ma face lunaire.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A rêvasser parfois aux bienfaits des gaz éthérés

Soufflés aux veines de ma lassitude.

 

Je n’étais peut-être pas seul,

A vieillir et mourir sous le masque du silence

Cicatrisé aux rides de mon visage.

 

Et chacun de nous,

Les mains réunies,

Pensait un peu à ceux

Qui nous avaient quittés

Brutalement.

 

Mars 2018

Welcome-to-grenoble

Posté par loren_zino
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